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Ibogaine
Manuscrit reçu le 28 mai 1945. Les recherches brièvement
exposées dans ce mémoire ont fait l'objet d'une thèse
à laquelle nous renvoyons pour tous détails complémentaires
: J. Delourme-Houde, Contribution à l'etude de l'Iboga (Tabernanthe
Iboga H. Bn.).Thèse Doct. Univ. (Pharm), Paris 1944.
Contribution à l'étude de l'Iboga (Tabernanthe Iboga H.Bn)
Par M. Jean Delourme-Houde
L'Iboga est une Apocynacee de l'Afrique équatoriale, dont les indigènes
mâchent les racines comme tonique et hypnofuge. Son usage est particulièrement
répandu au Gabon parmi les pagayeurs, les porteurs, etc.
Signalée pour la première fois en 1864 par Griffon du Bellay,
cette drogue a été étudiée par Dybowski et
e. Landrin [2] et par Haller et Heckel [3], qui en isolèrent à
peu près en même temps (1901), un alcaloïde cristallise,
appelé ibogaïne par les premiers, ibogine par les seconds.
Successivement, Phisalix [6], Lambert [4], Pouchet et Chevalier [7], A.
Landrin [5], soutenue en 1905, nous avons repris cette étude [1].
Au point de vue botanique, il nous a paru nécessaire de poser avec
précision le problème de l'origine de la drogue. Si celle-ci
provient en principe du Tabernanthe Iboga H. Bn (espèce de genre
crées en 1889 par H. Baillon), il ne'est pas exclu que les racines
des espèces créées en 1898 et 1902 par Stapf (Tabernanthe
tenuiflora, T. Bocca, T. subsessilis, T. Mannii), n'aient pas une composition
chimique et une activité pharmacologique comparables. A défaut
du matériel qui aurait permis de donner une solution définitive
a cette question, nous pouvons dire, après consultation des collections
du Muséum de Paris et du Jardin botanique de Bruxelles, que le
Tabernanthe Iboga H. Bn comporte des variétés, parmi lesquelles
certaines des espèces de Stapf nous semblent pouvoir être
rangées (en particulier le Tabernanthe tenuiflora Stapf). D'autre
part, des Tabernanthe différents du type de Baillon, mais qui n'ont
pu être rapportes d'une manière définitive à
l'une des espèces de Stapf, renferment de l'ibogaïne. Enfin,
il a été signale, en particulier par Le Testu et le P. Gillet,
un Tabernanthe, de part sensiblement plus élevé, qui semble
bien différent du Tabernanthe Iboga, et dont les caractères
se rapprochent de ceux du Tabernanteh subsessilis de Stapf.
Au point de vue histologique, nous avons également étudie
de nombreux échantillons de Tabernanteh. Leurs caractères
anatomiques ne permettent pas de les différencier tandis que deux
falsifications de l'Iboga, le Rauwolfia monbasiana Stapf et le Pterotaberna
inconspicua Stapf, se sont montrées à cet égard,
bien distinctes de l'Iboga.
Au point de vue chimique, seul le Tabernanthe Iboga a été
étudie. Nous avons essaye de nombreux procèdes d'extractions
des alcaloïdes des racines d'Iboga. Deux d'entre eux ont été
retenus, comme donnant les meilleurs rendements et permettant d'obtenir
les alcaloïdes avec le minimum d'altération.
Dans le premier procède, les alcaloïdes, déplaces par
l'ammoniaque, sont enlevés par l'éther. Les solutions etherees
concentrées sont épuises par l'acide sulfurique à
5%. Les solutions sulfuriques, neutralisees, puis alcalinisées
par les ammoniaques, sont épuisées par l'éther. Les
liqueurs etherees, deshydratees, sont redistillees sous pression réduite.
Le résidu d'alcaloïdes totaux est sec dans le vide.
Le deuxième procède d'extraction met à profit la
solubilité des chlorhydrates d'alcaloïdes dans le chloroforme.
La drogue pulvérisée est épuisée par lixiviation
au moyen de l'acide chlorhydrique dilue (3gr., 50 p. 1.000 en CIH). La
liqueur obtenue est puisée par le chloroforme dans une ampoule
à décantation. Les solutions chloroforme, déshydrates,
sont concentrées sous pression réduite. Le résidu
sec de chlorhydrates bruts d'alcaloïdes est redissous dans l'eau
au bain-marie. Dans la solutions filtrée et refroidie, les alcaloïdes
sont précipites par addition d'ammoniaque. Les bases sont recueillies
sur un entonnoir du Büchner, lavées à l'eau et séchées
à 40°.
Le taux des alcaloides, assez variable selon les origines, est de l'ordre
de 1,0 à 2,6% dans les racines totales; il atteint 5 à 6
% dans les écorces seules, séparées par grattage.
A partir des alcaloïdes totaux, nous avons sépare, par cristallisation
dans l'alcool, l'ibogaïne dont nous avons précise les constantes
: P.F.=152°, [alpha]D = -53° (alcool). Les résultats de
l'analyse élémentaire nous conduisent à admettre,
pour cet alcaloïde, la formule C20 H26 N2O, légèrement
différente de celle précédemment donnée par
Raymond-Hamet [10]. Un certain nombre de sels ont été obtenus
bien cristallises : chlorhydrate, brombydrate, iodhydrate, sulfate et
picrate.
Un deuxième alcaloïde cristallise a pu être sépare,
à partir des alcaloïdes des racines, en utilisant la plus
grande solubilité de son chlorhydrate dans le chloroforme. La base
cristallise dans l'alcool en très fines aiguilles ou en petites
lamelles brillantes appartenant au système orthorhombique. Elle
est d'un beau blanc, de saveur amère, et produit une sensation
d'anesthésie de la langue ; sa forme en lamelles, correspondant
au produit le plus pur, fond à 209°. Son pouvoir rotatoire
dans l'acétone est de [alpha]10 = -40°. N'ayant pas trouve
dans la bibliographie d'alcaloïde répondant à ces constantes,
nous l'avons nomme tabernanthine. On doit vraisemblablement rattacher
à celui-ci la " substance cristallisée . de P.F. =
206-207°, signalée en 1901 pas plus avant et qu'ils ne nommèrent
pas.
La tabernanthine est presque insoluble dans l'eau, peu soluble dans l'alcool
froid, plus soluble à chaud, facilement soluble dans l'éther,
le benzène, le chloroforme, l'acétone. Ses solutions sont
incolores et non fluorescentes. Sa formule moléculaire, déterminée
comme pour l'ibogaine, par semi-micromethode ( l'azote par micro-Kjeldahl)
correspond à C21H29N20.
Son spectre d'absorption ultra-violet présente deux maxime à
2.700 et 3.000 Å et deux minima à 2.575 Å et 2.800
Å (ibogaïne, un maximum à 2.950 Å et un minimum
à 2.575 Å).
Enfin la tabernanthine donne, avec les réactifs de Wasicky et de
Brissemoret, des réactions colorées différentes de
celles obtenues avec l'ibogaïne. Son chlorhydrate a pu être
obtenu à l'état cristallise. Les réactions de coloration
données par cet alcaloïde avec les réactifs glyoxylique
et phospho-vanillique font présumer qu'il renferme , comme l'ibogaïne,
un noyau indole. C'est également un compose non sature. Enfin,
nous avons pu mettre en évidence la présence d'un groupement
methoxyle dans sa molécule.
A cote de ces alcaloïdes cristallises, il existe dans les racines
d'Iboga une forte proportion d'alcaloïdes amorphes, parmi lesquels
se trouve une4 substance4 dont les solutions dans l'alcool, le chloroforme,
l'éther, etc. sont fluorescentes. Cette substance semble un produit
de décomposition des alcaloïdes, en particulier de l'ibogaïne.
D'autre part, des alcaloïdes ont pu être extraits des tiges,
des feuilles, des péricarpes et des graines. Ceux extraits de ce
dernier organe présentent des réactions colorées
très nettes et différentes de celles des alcaloïdes
des racines. Le manque de matériel n'a pas permis de préciser
s'il s'agissait d'un alcaloïde particulier.
Enfin, des dosages d'alcaloïdes ont été effectues,
dans des poudres d'écorces d'Iboga, par différentes méthodes
: dosage pondéral direct, dosage volumétrique, précipitation
à l'état de silicotungstate. Les conditions optima de précipitation
de l'ibogaïne à état de silicotungstate ont été
déterminées, ainsi que le coefficient expérimental
à utiliser pour les dosages. Pour les poudres d'Iboga, les dosages
par la méthode pondérale directe et ceux obtenus après
précipitation à l'état de silicotungstate donnent
des chiffres très voisins, constamment plus faibles avec la deuxième
méthode. Au contraire, le titrage volumétrique des alcaloïdes
totaux (exprimes en ibogaïne), donne des chiffres très inférieurs
à ceux que l'on obtient par pesée directe. Dans la méthode
proposée pour les poudres d'Iboga, les alcaloïdes, déplaces
par l'ammoniaque, sont extraits par l'éther. Ils sont finalement
précipites à l'état de silicotungstate en milieu
acide chlorhydrique à 2%. La méthode a été
appliquée aux préparations galéniques de la drogue
: teinture et extraits.
Au point de vue pharmacodynamique, nous avons retrouve certaines propriétés
déjà signalées par differents auteurs, en particulier
l'hypotension produite chez le chien apres injection d'ibogaïne.
A cet égard, nous avons pu montrer, en utilisant la méthode
de Schilf, que cette hypotension est due à une vasodilatation périphérique.
En outre, quelques actions de la tabernanthine chez le chien ont été
étudiées. Comme l'ibogaïne, cet alcaloïde : diminue
l'amplitude et la fréquence des mouvements respiratoires ; est
hypotenseur ; diminue l'hypertension réflexe provoquée par
l'occlusion des carotides ; augmente beaucoup l'hypertension produite
par injection d'adrénaline. La tabernanthine semble, en outre,
prolonger l'action hypotensive de l'acétylcholine. Elle agit donc
dans le même sens que l'ibogaïne. Il en est de même des
chlorhydrates totaux et de l'extrait aqueux de racines. L'extrait aqueux
des péricarpes s'est montre sans action nette, tandis que celui
des graines qui, comme l'ibogaïne, renforce notablement l'action
hypertensive de l'adrénaline, augmente par contre l'hypertension
produite par l'occlusion des carotides.
En résume, les racines du Tabernanthe Iboga renferment, a cote
de l'ibogaïne cristallisée, P.F.= 152°, un deuxième
alcaloïde cristallise, P.F.= 209°,que nous avons nomme tabernanthine,
sans doute de constitution très voisine, mais cependant bien différencier
par plusieurs de ses propriétés physico-chimiques. Au point
de vue physiologique, ces deux alcaloïdes paraissent réaliser
une synergie et contribuer l'un et l'autre à l'activité
totale de la drogue. Les autres parties de la plante renferment également
des alcaloïdes doues d'activité physiologique.
Quant aux effets toniques de l'Iboga, leur explication est encore incomplète,
l'étude revalant chez l'animal des phénomènes très
complexes. Deux théories ont été proposées
: l'une , due à Raymond-Hamet [9], fait intervenire l'action "
sympathicosthenique " de l'Iboga, sensiblement l'organisme à
ses excitants et en particulier à l'adrénaline. L'autre,
due à D.Vincent et Mlle I.Sero [12], met en cause les propriétés
anticholinesterasiques de la drogue, prolongeant l'action de l'acétylcholine
et améliorante le fonctionnement du système neuromusculaire.
Il faut espérer que d'autres recherches permettront d'élucider
complètement le mécanisme d'action de cette drogue, dont
es propriétés toniques, déjà reconnues par
l'empirisme des indigènes, sont indiscutables.
(Laboratoire de Matière médicale de la Faculté de
Pharmacie de Paris.)
Bibliographie
[1] :Delourme-Houde.-Contribution à l'étude de l'Iboga (Tabernanthe
Iboga H.Bn (Apocynacées).Thèse Doct. Unfu. (Pharm.), Paris,
1944.
[2] Dybowski (J.) et Landrin (Ed.).- Sur l'Iboga, sur ses propriétés
excitantes, sa composition et sur l'alcaloïde nouveau qu'il renferme.
C.R. Ac.Sc, 1901, 133, p 748-750.
[3] Haller (A.) et Hecker. (E.). - sur l'ibogaïne, principe actif
d'une plante du genre Tabernaemontana, originaire du Congo, C.r.Ac.Sc.,
1901, 133, p. 850-853.
[4] Lambert (M.). -Sur les propriétés physiologiques de
l'ibogaïne. Arch. Internat.Pharmacod. et Thérapie, 1902, 10,
p.101-120.
[5] Landin (A). - De l'Iboga et de l'ibogaïne. These Doct. Med.,
Paris, 1905.
[6] Phisalix (C.). -Action physiologique de l'ibogaïne. C.R.Soc.Biol.,
1901, 53, p.1077-1081.
[7] Pouchet (G.) et Chevalier (J.). -Les nouveaux remèdes : Sur
l'action pharmacodynamique de l'ibogaïne. Bull. gen. Therap., 1905,
149, p. 211-215.
[8] Raymond-Hamet. - Le probleme du vrai et des faux Iboga. Rev. Bot.,
appl., 1940, 20, p. 251-262.
[9] Raymond-Hamet.- L'Iboga, drogue defatigante mal connue. Bull. Acad.
Med., 1941, (3e s.), 124, p.243-255.
[10] Raymond-Hamet.- Sur l'ibogaine. Bull. Soc. Chim. Fr. 1942, (5e s.),
9, p. 620-622.
[11] Sero (Mlle I.). - Une Apocynacee d'Afrique equatoriale, Tabernanthe
Boga. These Doct. Univ (Pharm.) Toulouse, 1944.
[12] Vincent (D.) et Sero (Mlle I.). - Recherches biochimiques et pharmacodynamiques
sur Tabernanthe Iboga H. Bn. 1° Sur l'extraction des principes actifs.
Remarques au sujet de l'ibogaïne amorphe. 2° Action des préparations
d'Iboga et de l'ibogaïne sur la cholinestérase. Trav. Memb.
Soc. Chim. Boil., 1942, 24, p. 1352-1357.
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Contribution à l'étude
de l'Iboga
Ibogaine dans le traitement des symptômes
aigus d'abstinence
Les perspectives cliniques
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